Manifeste (français)

Nous avons ouvert les yeux, nous fermerons le CIE

A Barcelone, le 18 octobre passé, une chaîne humaine faite d’espoir et de dignité, entourait le CIE de la Zona Franca et lançait un message très clair: On fermera le CIE. Pas de CIE ici ou ailleurs.

Aujourd’hui, près de 8 mois plus tard, nous interpellons à nouveau tous le réseau d’associations, toutes les citoyennes et citoyens de Catalogne, afin de poursuivre et mener à bout l’irréversible processus qui conduit à la fermeture des « Centres de la Honte ».

La lutte de ces dernières années nous a conforté et fourni les raisons pour affirmer que, si, c’est possible! Ensemble nous avons réussi, à rompre le silence qui couvrait ces centres d’un voile d’opacité, à dénoncer les situations journalières de violation des droits, à faire face à l’impunité avec laquelle sont couverts les abus qui arrivent à transparaître outre leurs murs, et à doter de conditions minimes de dignité les personnes qui y sont illégitimement emprisonnées. Pendant ce temps, le bon sens s’est imposé à la peur, à l’égoïsme et la xénophobie et nous pouvons affirmer aujourd’hui que la société civile et la citoyenneté veulent en finir avec les Centres de Détention d’Immigrants (CIE).

Grâce aux mobilisations comme celles qui ont eu lieu en octobre dernier, nous avons fait des progrès importants pour transférer aux institutions le processus pour la fermeture des CIE, qui s’est érigé dans la rue. Pour la première fois dans l’histoire, un groupe parlementaire a été créé –dans le cadre de la Commission de Justice et Droits Humains– et a abordé le problème. Toutes les voix des personnes qui sont intervenues dans ce groupe (juristes, représentants du monde associatif et syndical, organisations pour les droits humains, etc.) ont été unanimes: le CIE est une institution qui porte atteinte aux droits humains par le seul fait de son existence et il est indispensable que le Parlement de la Catalogne s’engage dans sa fermeture. Dès maintenant, les groupes parlementaires se doivent d’approuver une résolution pour la fermeture du CIE qui serait pionnière dans l’Etat espagnol. Cette résolution doit être accompagnée d’un ensemble de mesures spécifiques pour garantir, dès aujourd’hui, les droits des personnes immigrées dans le cadre des compétences du gouvernement catalan. Et, dans le cas d’un éventuel processus constitutionnel catalan, elle doit être aussi accompagnée de l’engagement ferme que les Centres de la Honte n’auront pas leur place en Catalogne.

C’est pour ces raisons que la mobilisation citoyenne doit, plus que jamais, retrouver son sens. Nous devons rappeler à toutes les administrations :
• que pour éradiquer les atteintes aux Droits de l’Homme, aucune excuse n’est recevable et que toute administration est compétente en la matière ;
• que non seulement nous attendons un engagement ferme de leur part pour clôturer les CIE, mais aussi qu’il faut dès aujourd’hui en finir avec les rafles racistes, les pratiques policières illégales menées avec la collaboration des corps de la police locale et celle des Autonomies, par lesquelles nos voisines et nos voisins sont arrêtées(és) dans la rue pour aller remplir le CIE où ils attendent d’être déportés ;
• que nous fermerons le CIE et que dans le même élan nous effacerons de notre société le racisme et la répression indiscriminée, depuis les lames acérées et sanguinaires des clôtures de Ceuta et Melilla, jusqu’aux macro-vols des déportations forcées.

Les CIE et le réseau des répressions sur lequel ils s’appuient ne sont pas compatibles avec le respect des Droits de l’Homme (et de la Femme). L’existence d’un CIE est inexcusable dans une ville qui se prétend à l’avant-garde de la justice sociale. La répression et le contrôle doivent disparaître des politiques migratoires et doivent laisser place à l’accueil, la cohabitation et la multiculturalité.

Parce que nous ne voulons pas être complices des violations des Droits de l’Homme (et de la Femme), surtout quand elles sont perpétrées chez nous. Parce que nous n’allons pas permettre que les nouveaux airs de régénération politique et d’engagement envers les Droits de l’Homme (et de la Femme) fassent oublier les Centres de Détention d’Immigrants (CIE). Parce que si on peut les fermer en Grèce, il n’y a pas d’excuse qui vaille pour ne pas les fermer ici. Parce que, comme en 2006, si eux ne les ferment pas, nous les démoliront nous-même.

Pour ne plus avoir Honte.
Pour la Justice.
Pour la Dignité.

Nous avons ouvert les yeux, nous fermerons les CIE !